Débat présidentiel : les objectifs des «petits» candidats

Jacques Cheminade, Jean Lassalle et François Asselineau. Trois des six «petits candidats» Crédits photo : Le Figaro

Nathalie Arthaud, François Asselineau, Jacques Cheminade, Nicolas Dupont-Aignan et Philippe Poutou: ce mardi soir, ne les appelez pas «petits candidats». Ils seront aux côtés des cinq premiers dans les intentions de vote. Une première que ce débat à onze et une opportunité pour ceux qui sont à la peine dans les sondages.

Nathalie Arthaud: discourir pendant 17 minutes

Invitée de la matinale, Les 4 vérités de France 2, mardi matin, Nathalie Arthaud s’est réjouie de ce rendez-vous médiatique: «C’est la première fois qu’on sera sur un pied d’égalité». La candidate de Lutte ouvrière (LO) mise sur le temps de parole pour s’adresser «aux travailleuses, aux travailleurs, aux chômeurs (…) aux exploités du grand capital». Lorsque la journaliste lui demande: «Ce sera un débat? Ou un discours de 17 minutes de Nathalie Arthaud?», la candidate s’esclaffe: «Je compte m’adresser aux travailleuses, aux travailleurs en leur disant “Ne vous laissez pas abuser par les beaux parleurs. 17 minutes c’est peu pour tout ce que j’ai à dire”». Un discours, donc. L’objectif de Nathalie Arthaud: une synthèse de son programme marxiste pour «éveiller les consciences». La trace qu’elle veut laisser dans l’esprit des téléspectateurs est sa «fidélité au camp des travailleurs et la volonté de ne pas se laisser faire.»

François Asselineau: apparaître comme le seul candidat de la sortie de l’UE

Le candidat de l’UPR avait protesté, en mars, contre le débat à cinq de TF1, appelant les candidats invités à ne pas y aller. Maintenant qu’il est de la partie, le candidat autoproclamé «ni droite-ni gauche» se réserve pour le grand moment et a déserté les matinales radio de ce mardi. François Asselineau participe à sa première campagne présidentielle.Très corrosif sur les dossiers qui lui importent particulièrement (la sortie de l’UE, de l’euro, de l’OTAN), le candidat devrait se montrer incisif avec ceux qui marchent sur ses plates-bandes (Mélenchon et Cheminade). François Asselineau aura comme défi de diffuser plus largement ses idées, encore cantonnées à la sphère restreinte de ses fervents soutiens.

Jacques Cheminade: exprimer sa colère et cibler Emmanuel Macron

Candidat pour la troisième fois et désireux de se défaire de son image loufoque, Jacques Cheminade exprimera ce mardi soir «sa colère». Le candidat est très remonté. Contre «le monde de l’argent», contre l’euro («vice de l’Europe»), mais aussi contre le peu de temps de parole accordé à chaque candidat ce soir. Il a évoqué, sur RTL, le besoin de «parler» pour «redonner un sens au politique». «Énarque dissident», «gaulliste de gauche» d’après son profil Twitter, Jacques Cheminade avait été reçu par Emmanuel Macron lorsque celui-ci était encore conseiller du président. Jacques Cheminade s’était entretenu avec lui de la nécessité d’une «séparation bancaire» mais, dit-il, Emmanuel Macron «a dit oui, puis il s’est dégonflé». Ce débat sera l’occasion pour le candidat de se confrontrer à l’ex-ministre de l’Économie.

Nicolas Dupont-Aignan: se hisser au niveau des «grands»

Lui aussi absent des matinales radio, mardi matin, Nicolas Dupont-Aignan se prépare à accomplir son rêve: participer à un débat national au milieu des gros poissons de l’élection. Après son départ en trombe du plateau de TF1, sa notoriété s’est accrue. L’étape de ce soir est décisive pour le candidat souverainiste qui frôle la barre symbolique des 5% dans les sondages. Il ambitionne sérieusement de dépasser cette limite pour obtenir un potentiel de remboursement de ses frais de campagne, jusqu’à huit millions d’euros. Le débat à onze est un exercice primordial pour celui qui refuse l’étiquette de petit candidat et entend jouer dans la même cour que les grands. Lundi, à la veille du grand rendez-vous, Nicolas Dupont-Aignan a convié la presse devant le Conseil constitutionnel pour présenter sa charte éthique qu’il veut faire signer aux autres candidats afin de lutter contre «la crise morale». Il a assuré au sujet du débat de mardi soir: «Je ne veux pas faire du spectacle». Avant le grand soir, il ira faire quelques longueurs à la piscine. Pas de préparation pour celui qui estime que seul le «mauvais élève» découvre la veille de l’examen «qu’il ne sait rien» et se plonge dans ses fiches.

Jean Lassalle: faire en sorte que la campagne «démarre» enfin

Sur LCP, mardi matin, le député centriste, ex-proche de François Bayrou a confié attendre de ce débat que «la campagne démarre». Il pense pouvoir convaincre «tout simplement en parlant pendant les 17 minutes auxquelles j’ai le droit». De nature placide, Jean Lassalle a confié ne pas s’être préparé au débat de ce soir: «Ça ne sert à rien. Les choses ne se passent jamais comme vous avez imaginé qu’elles devaient se passer. Il vaut mieux garder un esprit lucide, un cœur chaud et bouillonnant.» Le béarnais a pesté quelques heures avant le débat contre le titre de «petit candidat» attribué à ceux qui n’atteignent pas le score à deux chiffres dans les sondages. «Les “petits”, les “minuscules”, qui vont venir troubler le jeu des “immenses”. Moi je me mets à genoux tous les matins en les regardant les “immenses” tellement ils sont beaux» a-t-il ironisé. Pour ce soir, il a assuré: «Je ne cherche pas à faire des coups». Son équipe a indiqué au Figaro que le candidat n’a «pas prévu de s’en prendre à tel ou tel candidat» et que le temps disponible sera consacré «aux propositions».

Philippe Poutou: profiter de l’espace médiatique

Le candidat-ouvrier a fait le tour des médias pour baliser le terrain avant le débat de mardi soir. Séquence houleuse à On n’est pas couché (France2) samedi soir, détour par la radio Le Mouv’ lundi soir et passage sur RMC/BFMTV puis Beurfm, mardi matin. Comme chaque petit candidat, il veut se saisir de l’exposition médiatique pour propager ses idées: le désarmement des policiers, la gratuité des soins de santé, la légalisation du cannabis, la fin des exportations d’armes françaises … À la différence de Nathalie Arthaud, Philippe Poutou souhaiterait un débat avec «des altercations» plutôt que «des prises de parole successives». Le candidat anticapitaliste a confié à Beurfm: «Ça va faire bizarre d’être à côté de certains voleurs». A BFMTV, il a exprimé son anxiété: «On sent qu’il y a un climat de crainte et je n’y vais pas décontracté». L’enjeu est important puisque le candidat s’efforce «de ne gâcher aucun des espaces médiatiques» qui lui sont offerts.

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